
Antoine Pallavicini ou une manière d'être au monde
Michaux nous prévient que le risque de la faiblesse
– à étendre à la vulnérabilité – est de tomber dans une relation de dépendance vis-à-vis du monde :
« Je suis tellement faible (je l'étais surtout), que si je pouvais coïncider d'esprit avec qui que ce soit, je serais immédiatement subjugué et avalé par lui et entièrement sous sa dépendance ; mais j'y ai l'œil, attentif, acharné plutôt à être toujours bien exclusivement moi. »
Antoine Pallavicini savoure sa propre vulnérabilité, cette façon d'être à fleur de peau, de tâter le pouls des choses, se lover dans les creux du monde, tout en échappant à toute forme de pression exogène. Imprégné du parfum envoûtant d'une Corse souveraine, il est habité de la force et de la puissance de son pays tout en fuyant toute relation de soumission. C'est un artiste dionysiaque inspiré par les muses de la musique et de la danse mais si son art est dionysiaque par ses origines, il est apollinien dès qu'il se métamorphose en sculpture, dessin, peinture.
Au commencement de tout son travail est l'émotion, la sensation, l'instinct. Toute cette sensualité caractéristique de l'enthousiasme dionysiaque a de quoi enthousiasmer l'esprit le plus pragmatique.
De l'art de la photographie, Antoine Pallavicini a gardé, à l'exemple de Delacroix, un œil perçant, sûr, à l'affut de la forme. Néanmoins il est homme à saisir la forme et l'esprit de la forme, ce qui fait toute la différence entre reproduction et métamorphose.
